Lâcheté

Il y a certes plusieurs façons de regarder ce qui s’est passé ces jours derniers dans l’enclave espagnole de Ceuta, où sont arrivés en quelques jours plus de 70.000 jeunes Marocains et quelques ressortissants de l’Afrique de l’Ouest et centrale en transit au Maroc.

Les médias assoiffés de scandales se délectent de l’énième crise à l’intérieur des accords de Schengen. Rares sont cependant les commentateurs qui y voient d’abord une gigantesque crise humanitaire, évitée en partie seulement. En effet, plus de 100 personnes ont perdu la vie en essayant de contourner la frontière terrestre à la nage.

Les témoignages affluent affirmant que cette arrivée massive a été non seulement tolérée par les autorités marocaines, les douaniers abandonnant discrètement leur poste, mais bel et bien organisée et planifiée de longue date. Les dizaines de milliers de personnes sont transportées à la hâte vers l’enclave à l’aide de bus et de camions au moment même où le régime chérifien s’autocélébrait dans une des nombreuses gabegies dont sa cour à l’habitude.

Régime autocratique adulé par les millionnaires européens envahissant les riads de Marrakech, mais qui laisse un tiers des jeunes au chômage et des systèmes de santé et d’éducation dans la misère.

22 gouvernements européens se jettent lâchement sur l’Espagne comme sur l’homme à terre, écrivent une lettre ignoble dénonçant une prétendue faiblesse de Madrid dans la protection des frontières de l’UE et certains suspendent les accords de libre circulation avec l’Espagne, alors que Ceuta ne fait pas partie de l’espace Schengen. Un fait qui n’a pu échapper même au plus imbécile des conseillers de la présidente du Conseil italien.

Aucun ne fait mine de prendre en compte la crise humanitaire représentée par 70.000 personnes arrivant dans une ville de 85.000 habitants, laissés sans eau et nourriture.

L’extrême droite délire de nouveau sur l’invasion de la vénérable Europe et le grand remplacement et le commissaire européen Magnus Brunner ne peut se retenir de critiquer le gouvernement espagnol pour avoir donné des permis de travail à des millions de migrants en situation irrégulière.  Hélas, cet Autrichien à qui on reproche d’avoir réduit en très mauvais état les finances de son pays, ne semble pas comprendre que la simple et très bonne raison de cette mesure du gouvernement Sanchez est basée sur le fait que son économie dépend de leur apport dans pratiquement tous les secteurs et que , sans cette mesure , des millions de travailleurs seraient devenus expulsables au moment de l’entrée en vigueur du nouveau pacte européen sur la migration, condamnant une des plus importantes économies européennes à la faillite alors que les feux ravageurs et la sécheresse s’étendent dans la péninsule.

Quel bel exemple de courage et de solidarité !  Oh que vivent les valeurs européennes !

À la tête de cette procession de paranoïaques du grand remplacement se trouve la soudaine amnésique Giorgia Meloni, qui pourtant se trouva dans une situation similaire de crise humanitaire en 2023 avec 8.000 fugitifs débarquant sur l’île de Lampedusa, demandant alors aux autres gouvernements européens d’accueillir les naufragés.

En même temps, elle fait oublier qu’elle négocie en douce des accords de régularisation anticipée de travailleurs migrants avec notamment l’Égypte afin de disposer de cette main d’œuvre que la sévère crise démographique transalpine ne livre plus.

Le ridicule est atteint quand l’Italie s’offusque quand l’Espagne introduit elle aussi symétriquement des contrôles de frontière lors du débarquement des vols en provenance d’Italie afin d’obtenir la suspension de cette même mesure par l’Italie.

En effet, presque tous les migrants manipulés ont été repris par le Maroc et n’étaient jamais en position de gagner l’espace Schengen ( The Guardian  du 10.08.2026).

Pire : une nouvelle lettre incendiaire est signée cette fois-ci non plus par la seule Giorgia Meloni, mais également par la Première ministre du Danemark Mette Frederiksen (El Pais 10.08.2026). Son texte reprend l’habituelle contrevérité de l’extrême droite trumpiste que les migrants commettraient en série des délits liés au commerce de drogue et des crimes sexuels.

Cet ignoble mensonge est donc partagé par des politiques qui se pavanent de faire partie de soi-disant progressistes européens ? Que disent les socialistes luxembourgeois de cette campagne contre le gouvernement espagnol ami, dont le seul tort est de conserver un peu de respect pour la dignité humaine et de refuser l’insanité militariste des ordres de la Maison blanche ?

Il est temps d’arrêter la gangrène raciste d’où qu’elle vienne !

La riposte ne saurait attendre le boycott de la prochaine Coupe du Monde de Football, spectacle démesuré dont les dessous ultra-commerciaux sont parfaitement répugnants.

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