Loin de s’être brièvement laissé aller, Ben-Gvir incarne parfaitement la politique d’Israël.

Récemment, Itamar Ben-Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale, a fêté son 50e anniversaire. Le gâteau qu’il s’est fait offrir, bien mis en évidence sur les réseaux sociaux, était décoré d’un énorme nœud coulant, évoquant l’acte de pendaison[1]. Occasion festive oblige, la garniture était dorée, tout comme l’épingle de revers du héros du jour, qui représentait le même symbole. Ben Gvir célébrait aussi la réintroduction de la peine de mort en Israël via deux nouvelles lois, largement dénoncées par les défenseur·es des droits humains[2], qui visent exclusivement les Palestinien·nes et dont on craint qu’elles mèneront sous peu à des exécutions en masse. « Parfois, des rêves deviennent réalité » affichait encore le gâteau.
Peu de temps après, le même personnage a fait la Une de nombreux médias internationaux à la suite de la diffusion d’une autre vidéo. Dans celle-ci, on le voyait narguer une foule d’activistes* faisant partie de la flottille internationale pour Gaza, qui avaient été kidnappé·es dans des eaux internationales et amené·es de force dans des prisons en Israël, forcé·es de s’agenouiller, les mains liées, brutalisé·es par les forces de sécurité israéliennes[3]. On a su peu après que beaucoup de ces activistes*, dont une personne résidant au Grand-Duché, avaient subi des violences (côtes et vertèbres brisées, …), y compris des violences sexuelles dont au moins un viol[4]. La vidéo de Ben Gvir a provoqué des réactions à travers le monde. Le parquet national antiterroriste français (PNAT) a ouvert une enquête pour tortures et crimes de guerre[5]. Immédiatement après la publication de la vidéo, des chef·fes de gouvernement et/ou des ministres* des affaires étrangères (Italie, Canada, France, Espagne, Irlande, Autriche, Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Pologne, Grèce, Australie, Nouvelle-Zélande, …) et d’autres dignitaires ont estimé publiquement que Ben-Gvir était allé trop loin ; et Xavier Bettel a, pour la nième fois, « haussé le ton ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est alors empressé de réprimander publiquement son ministre de la Sécurité nationale, dont le comportement n’aurait « pas été en accord avec les valeurs et les normes d’Israël ». En réalité, il l’était.
En réalité, Ben-Gvir ne s’est pas écarté des valeurs et des normes d’Israël
L’intention de Netanyahu, Premier ministre israélien, est de continuer à faire croire au monde indigné momentanément par la vidéo que la violence visible sur celle-ci serait celle d’un bref écart, d’une personne qui ne mâche pas ses mots mais qui resterait globalement respectable. On s’obstine à prétendre qu’on serait « la seule démocratie dans cette région », et que, si jamais la violence venait à surgir de la part d’une personne non-palestinienne, elle serait un phénomène de marge, perpétré par certains colons, par l’un ou l’autre gardien de prison ou encore, à de rares occasions, par des soldats sortis du rang : des actes isolés. Chaque fois que la violence est critiquée, Israël se défend : les IDF agiraient en accord avec le droit international, les prisonni·ères palestinienn·es seraient traité·es de manière à respecter leurs droits fondamentaux, les enfants* ne seraient pas pris·es pour cible. Si la communauté internationale insiste, on prétend qu’on va examiner les faits, on conclut que toutes les règles auraient été observées. Bref, les critiques émaneraient forcément d’antisémites, qui soutiendraient le Hamas. Et tous·tes les Palestinien·es seraient des terroristes.
10.000 fusils d’assaut distribués aux civils israéliens
Itamar Ben-Gvir n’est pas un phénomène isolé. Bien installé au gouvernement dans un ministère créé spécialement pour lui, il a, dans cette fonction, distribué des milliers de fusils d’assaut à des civils israéliens, y compris en Cisjordanie. C’est lui qui est également responsable des prisons en Israël dans lesquelles croupissent des milliers de Palestinien·nes contre lesquel·les on n’a jamais officiellement porté plainte, et qui sont devenues tout un réseau de camps de torture. Le ministre de la Sécurité nationale se vante d’une véritable « révolution des prisons » et aime publier des vidéos dans lesquelles il visite ces lieux et se moque des détenu·es. Au moins 98 prisonniers palestiniens y sont décédés depuis le 7 octobre 2023, dont un garçon de 17 ans qu’on y a laissé mourir de faim[6]. Les Nations Unies dénoncent la normalisation d’humiliations, de la faim, d’actes de violence extrême y compris d’agressions sexuelles et de viols dans les prisons israéliennes. Alors qu’une de ces séances de torture avait été captée par des caméras de sécurité, et que les médecins israéliens qui avaient traité la victime avaient dénoncé les faits à la police, Netanyahu lui-même a qualifié les coupables de « héros », et la tentative de les traduire en justice comme « criminelle »[7]. La victime, un homme de Gaza, a été relâchée depuis, sans qu’on ne l’ait jamais officiellement accusé de quoi que ce soit. Pareil pour ses tortionnaires. L’impunité règne. Israël refuse que des experts des Nations Unies aient accès aux prisons, empêche quiconque d’entrer à Gaza, et a menacé de représailles les détenu·es palestinien·nes si jamais iels parlaient après leur libération des abus subis.

Source : Collectives4Palestine, Luxembourg
Les Palestinien·nes sont systématiquement déshumanisé·es, et c’est comme si le monde s’y était habitué. En fait, Ben-Gvir est le parfait représentant de ce qu’est devenu Israël aujourd’hui, argumente le journaliste Ben Reiff dans un éditorial publié dans le Guardian.[8]
Welcome to Hell
L’organisation israélienne pour la défense des droits humains B’Tselem a publié un rapport détaillé (décrié immédiatement comme « entièrement faux » par les autorités du pays) des maltraitances physiques et psychologiques, de l’absence et du refus d’aide médicale, de la privation de nourriture et de la famine, et des violences sexuelles infligées aux Palestinien·nes dans les prisons israéliennes. Intitulé « Welcome to Hell »[9], il se lit comme un catalogue des traitements les plus abjects qu’on peut infliger à ses semblables. Ce rapport est aisément accessible.
La déshumanisation systématique des Palestinien·nes est largement thématisée, y compris lors des nombreuses manifestations de soutien au peuple palestinien au Luxembourg. Une grande partie de la classe politique au Luxembourg continue pourtant de détourner les yeux. Cela signifie-t-il qu’iels approuvent les traitements humiliants, inhumains et dégradants infligés aux détenu·es, les nombreux décès, les passages à tabac, l’utilisation de chiens d’attaque, la réduction d’eau potable et de nourriture, les conditions sanitaires immondes, l’entassement dans les cellules et/ou l’isolation, les positions destinées à infliger la douleur, l’exposition au froid ou à la chaleur extrêmes, la nudité forcée, les viols au moyen de bâtons et de barres de fer?
[1] https://www.thetimes.com/world/middle-east/article/itamar-ben-gvir-birthday-cake-noose-g362wcvn3
[2] https://www.hrw.org/fr/news/2026/04/02/israel/ue-ladoption-par-la-knesset-dune-loi-sur-la-peine-de-mort-necessite-des
[3] https://www.theguardian.com/world/2026/may/22/flotilla-video-ben-gvir-template-televised-abuse-honed-palestinians
[4] https://www.theguardian.com/world/2026/may/22/gaza-flotilla-activists-allege-sexual-assault-and-in-israeli-detention
[5] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/09/flottille-pour-gaza-l-italie-enquete-pour-tortures-et-crimes-de-guerre_6700148_3210.html
[6] https://apnews.com/article/autopsy-palestinian-deaths-israeli-prisons-torture-starvation-0fcaaceb7420b684bb449f798434477b
[7] https://www.theguardian.com/world/2026/may/29/un-israel-russia-blacklist-sexual-violence-conflict
[8] https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/may/22/israel-politics-itamar-ben-gvir
[9] https://www.btselem.org/publications/202408_welcome_to_hell

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