Rêver le communisme avec Lordon

Une personne tenant le livre 'Figures du communisme' de Frédéric Lordon, avec un fond en brique.

Dans Figures du communisme (2021), Frédéric Lordon défend l’idée d’une organisation collective fondée sur la coopération, le partage et la souveraineté populaire. L’auteur cherche à réhabiliter le communisme comme horizon politique et intellectuel capable de répondre aux crises sociales et économiques actuelles.

Lordon commence avec un constat évident mais fort : le capitalisme détruit la vie, les existences et les « conditions d’habitabilité humaine de la terre ». Par conséquent, il faut en sortir. Il n’ y a pas de débat là-dessus pour lui. Le capitalisme est tout simplement incompatible avec la vie. En gros, on n’a pas le choix ; qu’on se ressaisisse et qu’on se mette au travail.

L’ouvrage agit comme un bulldozer ; il écrase les vérités du capitalisme. Plus encore, Lordon détruit à grands mots la social-démocratie, ses illusions et ses fuites, il démontre la complicité de la démocratie bourgeoise avec l’ordre capitaliste et de l’ Etat et de ses institutions avec les intérêts bourgeois capitalistes.

Comme devant un tribunal, l’auteur accuse d’ irresponsabilité ce qu’il appelle l’ internationale de l’évitement, il dénonce le rêve de vouloir changer de l’ intérieur, il pointe du doigt les fuyants, les lâches, les hypocrites et les complaisants. La leçon pour le syndicalisme : les revendications ne suffisent plus, il faut changer de cadre car le cadre est verrouillé et ne permet pas de changement. Car on ne sort pas du capitalisme par la démocratie du capitalisme.

Lordon a la rage. Alors que le narratif capitaliste nous a inculqué depuis des décennies qu’il n’y a pas d’alternative (le fameux TINA), son exaspération en mots, en tonalité et en énergie finit par forcer des portes. Des portes, des pistes, il en dessine, concrètement aussi. Réhabiliter l’idée, le projet du communisme comme alternative nécessaire est sa préoccupation. Il finit par remplir positivement de projets, d’images, de propositions, de figures cette idée du communisme qui a si souvent été malmenée. Des exemples en sont le salaire à vie pour sortir de l’esclavage capitaliste, le droit au temps et la souveraineté des producteurs associés affranchis du rapport de subordination.

L’attrait majeur de l’ouvrage se trouve peut-être dans l’incompromission de l’auteur. Il est ferme, inflexible et intransigeant et on a plus que besoin de cela. On en a assez des compromis, de la langue de bois, des faux discours, des faux espoirs, et fausses promesses. De cette fermeté s’en suit qu’il abat les murs du There Is No Alternative car nous avons tout simplement pas le choix. Inspirant, enrichissant, énergisant, l’ouvrage n’est pas toujours évident à lire avec ses phrases qui peuvent remplir des lignes et des lignes er ses idées qui peuvent faire des tours du monde. Néanmoins, ça vaut la peine – plus, c’est nécessaire.

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