
La surprise était permise lorsque le paisible quotidien « le Soir » de Bruxelles a élu ce terme comme mot de l’année, livrant en même temps une définition qui caractérise la volonté de certains magnats du tec de contrôler les sociétés à travers les consciences au moyen d’algorithmes disséminés à travers les réseaux sociaux et plateformes, propriétés de ces milliardaires. L’idéologie suprémaciste blanche, raciste, homophobe, anti-genre et bien évidemment antisyndicale et antisocialiste/anticommuniste rappelle en effet et de façon presque obligatoire ce qui fut la lourde chape oppressante à l’encontre de toute forme de pensée dans les États fascistes en Europe et en Amérique Latine.
Il ne fait aucun doute qu’une alliance objective et solidement ancrée existe entre l’imbuvable cocktail idéologique infusé partout par des figures comme Elon Musk et Peter Thiel d’une part et l’administration Trump d’autre part. L’ennemi commun sont les démocraties libérales d’Europe et la guerre est bel est bien déclarée, notamment à travers le document de stratégie de sécurité nationale America First du Département d’État qui ne se gêne pas à demander aux diplomates de soutenir les mouvements et partis réactionnaires et ultra-nationalistes dans les divers pays, et ceci au mépris total de la Convention de Vienne, qui interdit aux diplomates de s’immiscer dans les affaires intérieures des pays dont ils sont les hôtes.
Le pouvoir politique du technofascisme est ainsi déjà très important, mais il s’allie au pouvoir économique des magnats du tec, qui imposent même un spectaculaire revirement à leurs collègues du secteur Zuckerberg et Bezos. Ceci leur permet de financer fondations, partis, think-tanks, journaux, magazines, maisons d’édition, chaînes de télévision, et ceci souvent aux dépens de tout sens économique comme le suggère l’acquisition de la messagerie Twitter par Musk. Il s’agit véritablement d’un tsunami d’insanités qui déferle sur la planète et qui risque d’emporter tout jusqu’au racines de la pensée démocratique née au siècle des lumières.
En effet, d’importants succès d’étapes deviennent visibles, comme la transformation de l’humanisme en niaiserie, de l’antifascisme en vice et du racisme anti-migrants en vertu.
Il est alors incompréhensible que ce gouvernement qui attaque frontalement les fondements de nos sociétés européennes soit encore considéré obséquieusement comme allié et que les réseaux sociaux véhiculant les pires saletés au nom de la liberté de parole ne soient pas massivement boycottés.
Par ailleurs, pourquoi s’arrêter avec leur interdiction chez les enfants de moins de quinze ans ?
Pourquoi suivre l’oukase de Trump forçant les pays membres à gaspiller 5 % de leur PNB en l’achat d’armements – provenant de surcroît en grande partie de chez lui – et ne pas rejoindre Espagne qui s’y refuse ?
Finalement, qu’est-ce qui a rendu l’essor du technofascisme si rapide, surtout venant d’une région des États-Unis, la Californie, associée encore souvent à la période fleurie des années 1970 et aux universités progressistes comme UC Berkeley.
Tout à la base est encore une fois économique. Une grande partie de la puissance industrielle de cet État est fondée sur la recherche et la production militaires. Les systèmes de gestion de données comme une bonne partie de la technologie à la base même de l’internet ont été développés grâce à des financements du Pentagone, créant des groupes sociaux structurellement dépendants et porteurs du technofascisme dont les contenus traduisent également les frustrations de la classe moyenne en déclassement rapide.
Car depuis la crise de 2009, la voilà étouffée par les loyers, les hypothèques et les frais de l’alimentation, médicaux et scolaires en progression constante. S’y ajoute la peur du lendemain dans une région de plus en plus impactée par la crise climatique et dont le déni invétéré est la position la plus confortable à adopter encore pour l’instant.
Cependant, l’émergence du technofascime n’est pas seulement portée par le revirement de la Silicon Valley, elle est liée à l’établissement d’un nouveau mode de production capitaliste : le techno-féodalisme. Celui-ci fera l’objet d’une prochaine contribution.

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