
Récemment, un article d’une assistante sociale d’un Office Social de l’Est du pays a fait le tour des médias sociaux (1). « Trop souvent, les personnes sollicitent l’aide des services sociaux avec espoir et repartent sans solution, avec de la frustration et un sentiment d’abandon. Et à force, c’est leur confiance que nous mettons en péril- dans le travail social, dans l’ensemble du système social comme dans les politiques qui le façonnent. »
En effet, à mon avis, les travailleur·euse·ssociaux·ales sont utilisé·e·spar le système comme alibis : leur rôle est d’expliquer aux personnes en besoin de logement ou en précarité qu’il n’y a pas de solutions. Ce n’est pas pour cela qu’iels ont choisi leur métier. Et ce ne sont pas elleux qui sont responsables de l’inexistence d’un parc substantiel de logements locatifs publics.
Antoine Paccoud, chercheur au Liser, tire la conclusion que les coûts élevés pour se loger est la cause pour une fracture dans notre société. Les 20% de ménages les plus modestes consacrent plus de la moitié de leur revenu au logement (55%) (2).
Et il y a encore une autre fracture, qui dépend de l’endroit de naissance, soit au Luxembourg ou non, puis soit dans un pays de l’Union Européenne ou dans un pays tiers. A savoir que les ressortissant·e·s de pays tiers, à cause de leur autorisation de séjour, sont obligé·e·s de se loger sur le territoire luxembourgeois. Parmi les Luxembourgeois·es et les citoyen·ne·s de pays européens, quelque 15.000 personnes ont élu domicile de l’autre côté de nos frontières. Donc, comme Antoine Paccoud l’exprime, la pauvreté est quelque peu exportée vers les pays voisins (3).
La pauvreté est en train de grandir au Luxembourg et surtout le sans-abrisme. Entre autres, parce qu’actuellement l’Office National d’Accueil met les bénéficiaires de protection internationale à la rue. Des centaines de personnes et de familles ont reçu des lettres d’éviction, à différents stades de la procédure. Théoriquement, les demandeur·se·s de protection internationale doivent quitter les foyers pour réfugié·e·s un an après l’accord du statut d’asyle. Comme iels doivent rester au Luxembourg et comme il n’y a pas assez de logements, entre 5.000 et 6.000 réfugié·e·s sont bloqué·e·s dans les foyers.
Le gouvernement, à travers l’accord de coalition 2023-2028, s’est engagé à mettre en œuvre pendant la période de législature, une stratégie de lutte coordonnée, transversale et inclusive contre le sans-abrisme et l’exclusion liée au logement, dite Housing Led, visant de telle manière une insertion d’un ménage dans un logement adéquat tout en offrant un accompagnement à la hauteur de ses besoins. (4)
Le Luxembourg a signé la déclaration de Lisbonne et s’est donc engagé à ne plus avoir de sans-abrisme jusqu’en 2030 (5). En comparaison avec nos pays voisins, nous aurions encore la chance de prévenir le sans-abrisme qui existe actuellement, mais de façon modérée.
Beaucoup d’argent a été injecté par le Gouvernement dans le logement ces dernières années : selon les calculs d’Antoine Paccoud (Liser) et de Samuel Ruben (économiste et auteur sur la question du logement), ce serait une somme d’environ 10,5 milliards d’euros concernant les dépenses pour le logement abordable, les aides individuelles aux ménages et les avantages fiscaux entre 2010 et 2024.
Ils constatent un certain déséquilibre entre les dépenses pour le logement abordable (1,4 milliard d’euros) contre les 8,4 milliards d’euros pour les avantages fiscaux. La TVA logement de 3% et le « Bëllegen Akt » constituent plus de 50% des dépenses totales dédiées au logement dans la même période. Malheureusement, il manque des données concernant l’amortissement accéléré dont profitent les investisseur·e·s et concernant d’autres abattements fiscaux.
Samuel Ruben constate d’ailleurs que si la moitié des 10,5 milliards d’euros avait été investie dans la construction de logements publics, il y aurait du logement abordable pour 10.000 ménages en plus (6).
Mais il ne sert à rien de pleurer sur les erreurs commises dans le passé : il faudrait retrousser les manches maintenant et créer du logement pour tous.
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(1) Wat mengs Du? – Chronique d’une assistante sociale face à l’urgence du logement, Annick Neven, 22.04.2026, Journal.lu.
(2) note 44 du Liser
(3) Le coût élevé du logement provoque une fracture dans la société luxembourgeoise, Jeannot Ries, RTL, 04.05.2026
(5) The fight against homelessness and its links with anti-poverty policies in Luxembourg, Jeff Weitzel, 2025)
(6) Soutien à l’accès au logement et à la bonne tenue du marché immobilier : (au moins) 10,5 milliards d’euros en 15 ans, Antoine Paccoud, Samuel Ruben, février 2026.

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