Et si c’était toi, le réfugié ?

Un adolescent regardant par la fenêtre, tenant une tasse dans une pièce lumineuse avec un bagage en cuir sur une table.

[Strophe 1]
Ce n’est pas un rêve qui m’a poussé dehors.
C’est le jour où ma maison a eu peur de moi,
où mon nom tapissait les murs comme un avis de recherche.
C’est la guerre qui est entrée par la fenêtre
et la sécheresse qui a tué ce qu’il restait.
Les sirènes ne voulaient plus dire secours mais fuis.
Je n’avais pas choisi d’être un danger.
J’ai choisi de ne pas mourir.

[Chorus]
Et si c’était toi, le réfugié,
le soir où la route a pris ton nom,
ne voudrais-tu pas que je te regarde ?
Et si c’était toi, le réfugié,
fuyant tes morts, portant tes vivants,
ne voudrais-tu pas que je te tende la main ?

[Strophe 2]
J’ai fermé la porte sans me retourner.
Derrière moi, ma mère restait assise
sur une chaise que je n’oublierai jamais.
Mon père disait : « Pars, c’est toi qui vivras. »
Je porte sa mort comme une honte inversée.
Au fond de ma poche, je serre une clé
qui n’ouvre plus aucune porte,
mais qui me rappelle que j’ai eu, sais même plus si j’ai emporté
mon enfance ou si elle est restée là-bas,
sous les bombes, avec les oliviers.

[Chorus]
Et si c’était toi, le réfugié,
fuyant tes morts, portant tes vivants,
ne voudrais-tu pas que je te tende la main ?
Et si c’était toi, le réfugié,
l’étranger que tu croises sans voir,
ne voudrais-tu pas que je ralentisse mon pas ?

[Strophe 3]
Je veux seulement savoir, un matin,
que je peux ouvrir la fenêtre
sans compter les secondes avant l’explosion.
Je veux un toit qui ne soit pas un couloir de camp,
du pain qui ne sente pas l’aumône,
un travail où mes mains ne soient pas invisibles.
Dans ma langue, j’avais des poèmes plein les poches.
Ici, mes mots trébuchent et ma grammaire a peur,
mais mon esprit, lui, n’est pas vide.
Je veux que mes enfants prennent le même bus que les autres
sans qu’on leur demande d’où ils viennent.

[Chorus]
Et si c’était toi, le réfugié,
l’étranger que tu croises sans voir,
ne voudrais-tu pas que je ralentisse mon pas ?
Et si c’était toi, le réfugié,
celui qui porte une valise ou une histoire,
ne voudrais-tu pas que je te fasse une place ?

[Strophe 4]
Je ne demande pas qu’on m’héroïse ou qu’on m’aime.
Laisse-moi juste le droit d’être un homme parmi les hommes,
le droit d’être fatigué sans que ce soit un crime.
Qu’on ne fasse pas de mon silence une menace,
de mon accent un aveu.
Je ne veux plus entendre « Ils prennent nos places »
alors que je cherche juste une place.
Je ne veux plus qu’on m’appelle « faux réfugié »
comme si ma peur avait besoin d’un visa.
Tu lis mon histoire dans les journaux
avant de la lire dans mes yeux.
Et si tu fermais le journal pour m’écouter ?

[Chorus]
Et si c’était toi, le réfugié,
celui qui porte une valise ou une histoire,
ne voudrais-tu pas que je te fasse une place ?
Et si c’était toi, le réfugié,
si je croisais tes yeux dans le métro,voudrais-tu que je détourne les miens ?

[Pont]
Parfois, je rêve que j’ai deux pays
et qu’aucun des deux ne me manque.
Je me réveille en pleurant
sur un oreiller qui ne connaît pas mon nom.
J’ai traversé des mers, des barbelés, des nuits
où l’avenir était un mot qu’on m’avait volé.
La fatigue est entrée dans mes os
comme une eau qui ne sort plus.
Mais je suis là.
Je ne sais pas si c’est une victoire,
mais je suis là.

[Coda]
Ce matin, j’ai fait chauffer l’eau.
La vapeur monte sans demander de papiers.
Le café fume dans la tasse, noir et sans frontières.
On dit qu’il vient de loin, lui aussi.
Je le bois doucement,
en regardant la rue devenir mienne,
gorgée après gorgée.
Je suis là.
Simplement là.

Lyrics & Prompt : Jeannot Scheer (2026)
Music & Vocals : SUNO AI (2026)
Album « Restons Humains » (à paraître)

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