
La carte de visite de la Grande Région (nota bene : avec l’ancienne région Lorraine pour la France) est tout à fait appréciable : superficie de 65 400 km², population de plus de 11,8 millions d’habitants, PIB cumulé de 500 milliards d’euros, 12 villes de plus de 100.000 habitants, des dizaines de milliers d’entreprises, dont de nombreuses ont des activités transfrontalières.
Carte de visite de la Grande Région
| Luxembourg | Lorraine | Sarre | Rhénanie-Palatinat | Wallonie | Totaux | |
| 1. Superficie (km²) | 2 586 | 23 547 | 2 570 | 19 853 | 16 845 | 65 401 |
| En % | 3,9 | 36,0 | 3,9 | 30,4 | 25,8 | 100 |
| 2. Population (mio hab.) | 0,68 | 2,32 | 1,01 | 4,13 | 3,70 | 11,84 |
| En % | 5,7 | 19,6 | 8,5 | 34,9 | 31,3 | 100 |
| 3.Pop.%/Sup% | 1,5 | 0,5 | 2,2 | 1,1 | 1,2 | 1,0 |
| 4. Densité (hab./km²) | 264 | 99 | 393 | 208 | 220 | 181 |
| 5. Étrangers | 320 700 | 165 900 | 152 900 | 574 100 | 411 500 | 1 625 100 |
| En % | 19,8 | 10,2 | 9,4 | 35,3 | 25,3 | 100 |
| Taux (%) | 47,0 | 7,2 | 15,1 | 13,9 | 11,1 | 13,7 |
| 6. Étr.%/Pop.% | 3,5 | 0,5 | 1,1 | 1,0 | 0,8 | 1,0 |
| 7. PIB (mia €) | 86,2 | 68,0 | 42,6 | 184,0 | 119,8 | 500,6 |
| En % | 17,2 | 13,6 | 8,5 | 36,8 | 23,9 | 100 |
| 8. PIB%/Pop.% | 3,0 | 0,7 | 1,0 | 1,1 | 0,8 | 1,0 |
| 9. Chômeurs | 21 100 | 194 900 | 38 200 | 125 300 | 272 200 | 651 700 |
| En % | 3,2 | 29,9 | 5,9 | 19,2 | 41,8 | 100 |
| Taux (%) | 6,2 | 7,7 | 7,2 | 5,5 | 8,5 | 8,0 |
Sources : Offices statistiques de la Grande Région ; données 2024 ou 2025 ou les plus récentes
disponibles ; estimations personnelles ; calculs de l’auteur
Quelques précisions utiles
Concernant la Lorraine : depuis 2015, année de création des nouvelles (grandes) régions françaises, l’INSEE (c’est le service officiel de collecte statistique en France, l’équivalent de notre STATEC) ne publie plus de statistiques à l‘échelle de la Lorraine. Afin de remédier à cette situation, on peut procéder
- à des extrapolations (un exercice qui devient douteux au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la date de départ),
- à des estimations (avec le degré d’imprécision qui peut en découler) ou
- au cumul de données départementales (l’ancienne région Lorraine se composant des quatre départements de la Moselle, de la Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et des Vosges).
Les derniers chiffres de population publiés pour la Lorraine datent de 2023. L’effectif régional a été obtenu en additionnant les populations départementales. Pour la population étrangère, c’est plus compliqué encore, la statistique française étant très frileuse à l’égard des chiffres sur l’immigration. Souvent les données publiées sont déjà très âgées ou alors incomplètes.
Pour le PIB, la dernière donnée trouvée ou trouvable concerne 2022 (65,8 milliards d’euros). Compte tenu de la progression du PIB de la région Grand Est, le PIB de la Lorraine peut être estimé à 68 milliards d’euros pour 2024. Pour le chômage, en l’absence d’autres données, il y a eu cumul des données relatives à la situation de fin décembre 2025 dans les quatre départements.
Concernant la Wallonie : si le nombre de demandeurs d’emploi a pu être trouvé assez facilement, le taux de chômage est une estimation.
Concernant la Grande Région dans son ensemble : le taux de chômage grand-régional ne peut être que le résultat d’une estimation grossière.
Commentaires
Les clivages interrégionaux sont très prononcés :
- la Lorraine est neuf fois plus grande que la Sarre ou le Luxembourg ;
- la Rhénanie-Palatinat compte six fois plus d’habitants que le Luxembourg ;
elle est également quatre fois plus peuplée que la Sarre ; - le taux de chômage de la Wallonie dépasse de trois points le taux de la Rhénanie-Palatinat.
Le rapport entre les potentialités démographiques (nombre d’habitants) et physiques (superficie du territoire) montre que la Sarre et, dans une moindre mesure, le Luxembourg sont plutôt bien peuplés ; en témoignent également les densités de population relativement élevées. La situation de la Wallonie et de la Rhénanie-Palatinat est plus équilibrée, tandis que la population de la Lorraine, par rapport à l’étendue de son territoire, est beaucoup plus clairsemée.
Venons-en à la présence étrangère. En termes relatifs, la Lorraine fait figure de lanterne rouge, avec moins de 10% d’étrangers. En Wallonie, en Rhénanie-Palatinat et en Sarre, le poids de la population étrangère est compris entre 10% et 15%. Ce n’est que le Luxembourg qui brise tous les records, avec 47% de ressortissants étrangers, et c’est sans compter ces dizaines de milliers de Luxembourgeois bénéficiant d’une double nationalité. À lui seul, le Luxembourg compte plus de résidents étrangers que la Sarre et la Lorraine réunies.
Le rapport entre le PIB et la population est également très éloquent :
- le PIB du Luxembourg est complètement démesuré par rapport à sa population :
en termes relatifs, le poids économique du pays dépasse trois fois son poids démographique ; en cause, bien sûr, le formidable apport des frontaliers et le poids de la place financière; - en Sarre et en Rhénanie-Palatinat, la situation est pratiquement à l’équilibre, avec des rapports entre le PIB et la population compris entre 1,0 et 1,1 ;
- les PIB wallons et lorrains, en revanche, présentent des faiblesses éclatantes par rapport à leur potentiel démographique ; dans ce contexte, il ne faut pas perdre de vue le fait que les régions voisines du Luxembourg n’y envoient pas que leurs travailleurs, mais également leurs entreprises.
Conclusion
La Grande Région constitue un espace transfrontalier unique. C’est en effet la plus grande, la plus ancienne et de la plus complexe région transfrontalière de l’Union européenne (qui en compte plus d’une centaine). Si elle présente des potentialités très intéressantes, elle souffre en même temps de disparités régionales à la fois clivantes et croissantes. Tout cela plaide évidemment en faveur d’une coopération transfrontalière renforcée, mais qui se fait malheureusement attendre.

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