
Activiste pour le droit au logement et bénévole dans un projet de logement abordable, je suis de très près la situation de logement des BPI (bénéficiaires de protection internationale) au Luxembourg.
Je suis d’avis que si nous avons accepté un certain nombre de réfugié.e.s, nous avons besoin aussi d’un concept d’accueil allant au-delà des structures d’accueil pour les personnes demandeuses de protection internationale, mais qui considère le logement, le travail, l’éducation et l’apprentissage.
Déjà les structures d’accueil gérées par l’ONA (Office national d’accueil) ne sont pas toujours très accueillantes, fait témoigné dans la presse et les médias sociaux les dernières semaines. Les bâtiments n’étaient en grande partie pas construits pour être habités et ne s’y prêtent souvent pas, comme le bâtiment T au Kirchberg, l’ancien bâtiment des traducteurs de l’UE, qui héberge environ 1.500 DPI (demandeurs de protection internationale) et BPI, dans des conditions qui ne respectent pas les critères de salubrité, d’hygiène et de sécurité de la loi du 20.12. 2019, comme ces structures ne doivent pas être conformes à cette loi.
Les réfugié.e.s n’ont pas le droit de cuisiner dans la plupart des structures. Cependant la nourriture qui leur est proposée n’est souvent pas saine et ne correspond souvent pas aux coutumes des résidents. J’ai connaissance d’enfants qui ont un retard de développement corporel et psycho-moteur à cause de carences alimentaires. D’ailleurs les BPI payent un loyer d’environ 510 Euros par place d’hébergement, même s’iels logent à 3, à 8, à 10 dans une chambre. A Mersch, il y a des chambres qui n’ont pas de fenêtres et à Soleuvre, il existe un dortoir où logent une trentaine de femmes érythréennes. Elles manquent d’intimité, d’espace privé, d’espace pour apprendre les langues. Il y a des femmes qui y vivent pendant 3-4 ans.
Nombreux sont ciels qui ont déjà un emploi et travaillent 40 heures par semaine, et pourtant ne trouvent pas de logement décent. Je pourrais m’attarder bien plus longtemps sur les conditions de logement des réfugiés.e.s par l’ONA . Mais l’étape suivante est tout aussi compliquée, comme il n’y a point de logements sociaux (taux de 2%) ou abordables disponibles au Luxembourg. Ainsi les BPI n’arrivent pas à sortir des foyers de l’ONA. Lors de la réception de leurs documents d’asile, iels signent un document où iels s’engagent à quitter le foyer endéans un an.
Malheureusement pour des personnes sans fortune ni épargne, avec un revenu Revis ou un salaire minimum, qualifié ou non, il n’existe pas de logements locatifs sur le marché privé. Vous pouvez faire l’exercice de recherche en ligne : en consultant les logements locatifs jusqu’à 1.500 Euros par mois, vous allez rencontrer plein de chambres meublées, mais point d’appartements à une ou deux chambres, même pas de studios. Pour les grandes familles, avec plus de 3 enfants, il n’y a rien.
Le Fonds du Logement, la SNHBM, et les associations et Fondations œuvrant dans le logement abordable ne produisent pas assez de logements pour répondre aux besoins réels. Car la crise du logement ne concerne bien entendu pas que les réfugié.e.s. Elle concerne toute la population du Luxembourg. Par rapport aux 7.000 demandes sur la liste d’attente, le Fonds du Logement produit 200 logements par an ; cela montre les proportions.
Ainsi les BPI, qui doivent rester vivre au Luxembourg, n’ont point de chance de trouver un logement. Au lieu de considérer cette réalité et de trouver des solutions de logement, le Gouvernement luxembourgeois a entamé des procédures de déguerpissement : selon un article de Virgule.lu ; 559 mises en demeure auraient été envoyées dans les structures de l’ONA, avec 172 enfants concernés. Max Hahn, le Ministre de la Famille, a beau insister qu’il y a eu « seulement » 8 déguerpissements en 2025 et qu’aucun enfant n’aurait été concerné, mais en réalité ces mesures judiciaires causent un stress énorme à des personnes fragilisées et souvent traumatisées et cela les empêche de faire les efforts sur lesquels elles devraient pouvoir se concentrer : étudier le français, se former, chercher un emploi.
En plus, les solutions éventuelles proposées aux BPI par des associations et des fondations sont des contrats de mise à disposition déterminée de 1 an, 2 ans, 3 ans avec d’éventuelles prolongations. Alors là aussi les BPI se voient confronté.e.s à des mises en demeure et même à des déguerpissements.
En conclusion : le Gouvernement Luxembourgeois manque de stratégie et de concept efficaces en ce qui concerne le logement des réfugié.e.s.

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