Si le Luxembourg est riche, statistiquement parlant …c’est en grande partie grâce à ses voisins

Un personnage graphique avec un sac à dos grimpe des barres de graphique orange croissantes.

Les offices statistiques nous apprennent régulièrement que la Produit intérieur brut (PIB) par habitant luxembourgeois est deux à trois fois plus élevé que celui de nos voisins ou en moyenne communautaire.

Trois rappels, à ce stade :

(1) Le PIB est la richesse produite au cours d’une année de calendrier par tous les acteurs économiques résidant et travaillant sur un territoire national donné, ici le Luxembourg.

(2) Le PIB par habitant est obtenu en divisant cette richesse produite, exprimée en milliards d’euros, par le nombre d’habitants, bébés et personnes âgées compris… mais les non-résidents, c’est-à-dire les travailleurs frontaliers, exclus.

(3) Le PIB par habitant en standards de pouvoir d’achat (SPA) constitue une unité monétaire artificielle, conçue pour gommer le plus possible les différences de prix entre les différents États membres.

Commençons notre raisonnement par des chiffres-clés se rapportant à 2024, c’est-à-dire la dernière année pour laquelle des données d’ensemble sont disponibles. Ils proviennent d’EUROSTAT et de la plateforme « Toute l’Europe – Comprendre l’Europe ».

A) PIB (chiffres arrondis)

1. D :    4 305 milliards d’euros
2. F :    2 920 milliards d’euros
3. B :       614 milliards d’euros
4. L :         86 milliards d’euros

L’Allemagne domine nettement le tableau, devant la France et très loin devant la Belgique et le Luxembourg. C’est logique, compte tenu des potentiels démographiques des uns et des autres : 83,52 millions d’habitants pour l’Allemagne, 68,55 millions pour la France, 11,86 millions pour la Belgique, 677 000 pour le Luxembourg (en moyenne annuelle).

B) PIB par habitant

1. L :    127 030 euros
2. B :      52 340 euros
3. D :      51 830 euros
4. F :      42 590 euros

Notons qu’au Luxembourg, le PIB par habitant est entre 2,4 et 2,5 fois plus élevé qu’en Belgique et en Allemagne, 3 fois plus élevé qu’en France et 3,2 fois plus élevé qu’à l’échelle de l’UE.

C) PIB par habitant en standards de pouvoir d’achat (SPA)

1. L :      96 200 euros
2. B :      46 200 euros
3. D :      45 500 euros
4. F :      39 100 euros

Exprimé en SPA, le PIB par habitant diminue de 24% au Luxembourg, de 12% en Belgique et en Allemagne et de 8% en France. Mais les différences entre pays restent importantes : au Luxembourg, le PIB par habitant en SPA est 2,5 fois plus élevé qu’en France, 2,1 fois plus élevé qu’en Allemagne et qu’en Belgique et 2,4 fois plus élevé qu’en moyenne communautaire.

D) PIB par habitant en SPA, indice base 100 pour l’UE-27

1. L :      241
2. B :     117
3. D :   115
4. F :      99

Exprimé dans cette unité de valeur, le PIB par habitant luxembourgeois dépasse toujours de 2,4 fois celui de l’UE-27 et celui de la France et de 2,1 fois ceux de la Belgique et de l’Allemagne.

Voilà pour les chiffres.

Est-ce que cela veut dire que les Luxembourgeois sont deux à trois fois plus travailleurs, plus productifs, plus doués que leurs voisins ou les autres pays européens ? Bien sûr que non. Il y a donc un biais, et ce biais revient en grande partie au travail frontalier. Que veut dire en effet ce « formidable » (les guillemets ont leur place ici) indicateur qu’est le PIB/hab. dans un pays qui compte presque 50% de frontaliers qui, par définition, sont des non-résidents non compris dans le calcul ?

Un calcul s’impose, justement, sur la base des derniers chiffres luxembourgeois disponibles, arrondis, toujours relatifs à 2024 (source : STATEC).

Le PIB s’est élevé à 86 180 000 000 euros. La population de référence, en moyenne annuelle, a été de 677 000 habitants (chiffre obtenu en additionnant les effectifs au 1er janvier 2024 et au 1er janvier 2025 et en divisant le résultat par deux). Le PIB par habitant qui en découle est de 127 030 euros.

Le nombre de travailleurs frontaliers a été de 231 100 personnes, en moyenne annuelle. Dans nos régions, les ménages comptent en moyenne 2,4 personnes. Il s’ensuit que le nombre de personnes vivant dans des « ménages frontaliers » est de 555 000 personnes.

En additionnant la population résidente et les personnes vivant à l’étranger dans un ménage frontalier, nous obtenons une nouvelle population de référence, à savoir 1 232 000 personnes. Ce qui signifie que ça fait longtemps que le Luxembourg compte un million d’habitants, à la nuance près qu’ils n’habitent pas tous au pays !

Il en découle un nouveau PIB par habitant de 70 000 euros. La différence entre les PIB par habitant « officiel » et « recalculé » est de 57 300 euros, soit -45%. On retrouve donc pratiquement le poids des frontaliers dans l’emploi total, indépendants et salariés confondus.

Une chose est sûre : si le Luxembourg est « riche », statistiquement parlant, c’est qu’une grande part de sa richesse est importée, créée par des non-résidents, autrement dit par des travailleurs frontaliers provenant de France, d’Allemagne et de Belgique.

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