
Affiche créée par le groupe de travail « Communication » de la JIF pour le 8 mars 2026
« Sick of Patriarchy », « Liberté, Égalité, Sororité, Gratuité » ou encore « My Body, My Voice, My Choice » : Cette année-ci, la marche féministe lors de la Journée Internationale de la Lutte pour les Droits des Femmes, organisée par la plateforme JIF, est placée sous le signe de la santé.
La décision venait d’être prise au moment où le European Institute For Gender Equality a publié son Gender Equality Index pour l’année 2025, qui révèle que la performance du Luxembourg en matière de santé a baissé en 2025. Le Grand-Duché a donc du pain sur la planche.
À partir du moment où l’on entend la santé comme thématique qui ne se limite pas à des soins médicaux, de très nombreuses revendications féministes peuvent être formulées en y faisant référence. En effet, la santé est un sujet primordial, et les conditions d’existence impactent, souvent de manière directe, la santé des personnes : qu’il s’agisse de leur statut, du revenu dont elles disposent (ou pas), de la façon dont elles peuvent se loger, de leurs conditions de travail, du fait qu’elles sont, oui ou non, exposées à des situations de harcèlement ou de discrimination, voire à des violences…
Les personnes vulnérables dans notre société sont bien souvent des femmes et des personnes minorisées : elles sont surreprésentées dès qu’il s’agit de parler de précarité, de travail non-rémunéré (qui, bien souvent, empêche de pouvoir consacrer suffisamment de temps à mener une belle carrière ou à suivre des formations), de (sur)charge mentale, de violences sexistes et sexuelles. Tout cela n’est pas très sain. Autrement dit, un engagement féministe pour la santé signifie qu’on se mobilise aussi pour la justice sociale, et pour un mode de vie décent accessible à toust·e·s.
Depuis quelques mois, des représentant·e·s des associations-membres de la JIF[1] ainsi que des personnes ayant rejoint la JIF à titre individuel se sont concerté·e·s dans des groupes de travail afin d’organiser la marche féministe du 8 mars. À partir de janvier, les revendications de la JIF 2026[2], élaborées de manière collective, étaient disponibles pour être validées. Au moment de la rédaction de cet article, elles ont été signées par ces associations, partis et organisations (membres de la JIF ou sympathisant·e·s), qui mobiliseront donc également pour la marche : Passerell, déi lénk, déi gréng, OGBL, Femmes en Détresse, Planning Familial, ASTI, ZONTA, déi jonk gréng, LCGB, Amnesty International, Femmes Socialistes, CID Fraen an Gender, Innocence en Danger et L’Effrontée.
En résumé, les revendications 2026 s’articulent autour de cinq grands axes : l’accès universel à la santé, la santé sexuelle et reproductive, la lutte contre les violences et les discriminations, la santé mentale et les conditions de vie, ainsi que l’opposition aux biais médicaux.
Un accès universel à la santé
Concrètement, il s’agit de lutter contre la privatisation rampante du système de santé, qui est en train de devenir un système à deux vitesses. Ainsi, la JIF demande que la CUSS (Couverture universelle des droits de santé) devienne un droit permanent et accessible sans qu’on risque d’en être exclu·e à cause de son statut administratif ou de résidence (pour le moment, trop de gens tombent entre les mailles de ce filet de sécurité). La JIF exige également de généraliser le tiers payant, dans le cadre d’un système public et solidaire, et propose de développer des services de proximité, ainsi qu’un service national d’interprétariat médical gratuit. Les conditions de travail des personnes employées dans le secteur de la santé et des soins doivent être améliorées. De plus, la JIF revendique un renforcement du système public des pensions en veillant plus particulièrement à ce que les femmes, plus vulnérables dans ce domaine aussi, aient la possibilité de vieillir dignement.
Santé sexuelle, reproductive et gynécologique
La JIF insiste sur le droit fondamental pour chacun et chacune de disposer de son corps, sans contrainte et sans condition économique, sociale ou administrative. Dans les faits, cela est loin d’être le cas. La santé sexuelle et reproductive est un domaine où se jouent des rapports de pouvoir et où les personnes vulnérables sont contrôlées, malmenées, enfermées dans une position d’infériorité. D’où la revendication d’une éducation affective et sexuelle dès le plus jeune âge. La JIF demande évidemment l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution, avec une extension du délai légal à 14 semaines. L’IVG ainsi que toutes les méthodes contraceptives doivent être gratuits et inconditionnels. La JIF s’attaque aussi à la précarité menstruelle, demande que les compétences des sage-femmes soient valorisées et exige une reconnaissance et une réparation des violences gynécologiques et obstétricales.
Lutte contre les violences et les discriminations
La JIF souligne que toutes les violences, qu’elles soient sexistes, sexuelles, gynécologiques, institutionnelles, racistes ou migratoires causent non seulement des blessures physiques mais impactent aussi durablement la santé mentale. Une fois de plus, la précarité augmente le risque d’y être exposé·e et de ne pas pouvoir s’en sortir.
Par conséquent, la JIF exige que les violences sexuelles soient explicitement inscrites dans les stratégies nationales de santé publique (y compris de santé mentale). Elle revendique aussi l’imprescriptibilité des crimes sexuels. Il faut garantir à chaque victime une prise en charge coordonnée et adaptée, et cela dès la révélation des faits, ainsi qu’un accès gratuit et inconditionnel à des soins spécialisés psycho traumatiques pour des personnes ayant subi des discriminations sexistes, racistes, et/ou anti-LGBTQIA+. La prise en charge de doit pas exclure les personnes exilées (qu’elles disposent ou non d’un titre de séjour).
Santé mentale et conditions de vie
La JIF revendique une meilleure reconnaissance de la souffrance psychique et des causes de celle-ci qui sont, en grande partie, des conditions de vie et de travail inégalitaires. Elle affirme que surtout les femmes et les personnes minorisées sont concernées, d’autant plus si elles ont un parcours migratoire derrière elles, et exige une action sur tout ce qui porte atteinte à la santé mentale : la précarité, la pénibilité du travail (surtout dans les métiers féminisés), les bas salaires, etc. Concrètement, elle revendique une réduction du temps de travail et une augmentation du salaire social minimum.
S’attaquer aux biais médicaux
Notre système médical est profondément sexiste également dans le sens où tout est centré sur le masculin : la recherche, les pathologies, les prescriptions, et plus généralement les sujets auxquels on s’intéresse et dans lesquels on investit.
Afin de pallier cette énorme injustice, souvent ignorée, pas prise au sérieux ou même raillée, la JIF est catégorique : elle exige un changement radical du système de santé avec l’objectif d’en découdre avec les biais de genre et les angles morts scientifiques, ainsi qu’avec les traitements inégaux quand il s’agit de prise en charge. Cela passera par le fait d’intégrer, de manière systématique, une perspective de genre dans la recherche médicale, les protocoles de santé et dans la formation des professionnel·les ; par une augmentation des moyens investis dans la recherche axée plus spécifiquement sur les femmes, par la reconnaissance et la prise en charge des maladies ne touchant que les femmes (souvent ignorées, et surtout non remboursées par la caisse de maladie), et par la participation des personnes concernées et des associations féministes à tout ce qui concerne les politiques de santé.
Pour l’instant, la réalité reste très éloignée des objectifs fixés. Voilà pourquoi la JIF appelle à la mobilisation le 8 mars.
Cléo Thoma[3]
[1] Pour une liste complète des associations membres de la JIF, voir https://fraestreik.lu/jif-2/
[2] Pour le texte complet des revendications, voir https://fraestreik.lu/revendications-2026-2/
[3] L’auteure représente le CID Fraen an Gender au sein de la plateforme JIF

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