
Lors de la première « Grève des Femmes » en 2020
Le 8 mars 2026, la plateforme JIF (Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes) organise la marche féministe dans les rues de la capitale. Au programme figurent, une fois de plus : revendications, bonne ambiance et même – pour la première fois – un orchestre féministe (à ne pas confondre avec la chorale militante qui, bien entendu, sera également présente, comme elle l’a été ces dernières années).
Cela fait 15 ans que la plateforme JIF existe. Ella a vu le jour au Luxembourg à l’occasion du centième anniversaire de la journée des droits des femmes, initiée, elle, par des mouvements socialistes luttant, avant la Première Guerre Mondiale, pour le droit de vote, de meilleures conditions de travail pour les ouvrières ainsi que pour une société plus égalitaire et donc l’émancipation des femmes.
S’il ne fait pas de doute qu’entre 2011 et 2020 (les premières années d’existence de la JIF au Luxembourg), pas mal de revendications féministes ont été formulées, et qu’on a aussi tenté de mettre en avant le côté politique du mouvement, la journée du 8 mars a été célébrée à l’époque également – pour ne pas dire : surtout – au moyen d’une fête culturelle. L’idée était de mobiliser à grande échelle, et donc de trouver des positions consensuelles.
En 2020, la JIF a pris une tournure bien plus dynamique et plus militante. On aurait pu continuer à exiger que, par exemple, les feux de signalisation pour piéton·ne·s soient constitués à 50% de « Ampelmädchen » et (comme s’en souvient une jeune militante qui a participé au renouveau de la JIF) à « manger des « Schnittercher » à Neimënster, ce qui était très bien… , mais on avait quand même envie de faire davantage bouger les choses ! ». Une nouvelle génération de militant·e·s, très active également sur les réseaux sociaux, venait de prendre le relais.
Par conséquent, la JIF a organisé cette année-là une première Grève des Femmes, comme cela a aussi été le cas dans d’autres pays. Insistant sur le nombre d’heures de travail non rémunéré effectué par les femmes, soulignant la charge mentale portée principalement par elles, l’idée était qu’elles s’y refusent tout simplement pendant la journée du 8 mars (ce qui, d’ailleurs, allait les libérer de tâches qui, autrement, auraient pu les empêcher de rejoindre la manif le même jour).
Ras-le-bol, renouveau
Les messages véhiculés, les pancartes brandies lors des marches et les slogans scandés traduisent cette exaspération, cette frustration et cette rage que, finalement, les structures patriarcales sont toujours bien en place au Grand-Duché, comme ailleurs : (« Ras le viol », « Burn the Patriarchy »…). En effet, malgré l’opinion de certain·e·s qu’il n’y a plus lieu de se déclarer “féministe” puisque les objectifs seraient atteints, l’égalité entre hommes et femmes étant ancrée dans la Constitution, les expériences quotidiennes de très nombreuses femmes et personnes LGBTIQ+ parlent une autre langue. Et à passer en revue les photos des marches précédentes, on voit les féministes qui se mobilisent depuis des décennies rejoint·e·s par une multitude de militant·e·s plus jeunes qui n’ont pas froid aux yeux non plus. Beaucoup d’hommes aussi. Bref, ce nouveau dynamisme a tapé dans le mille.
Si, depuis, la JIF s’est peu à peu éloignée du concept de « grève » du 8 mars pour se reconcentrer sur l’aspect manif/revendications, il n’en reste pas moins que toutes les éditions de la Journée Internationale de lutte pour les droits des Femmes depuis 2020 ont été des succès retentissants[1], que ce soit sous un ciel clément (2020, 21, 22, 24, 25) ou même sous une pluie torrentielle (en 2023, « on a failli se noyer… »). Chaque année, la plateforme choisit un sujet qui sera plus particulièrement mis en avant et autour duquel s’articuleront les revendications. Cela a été dans le passé, par exemple, le travail du care (qui regroupe un tas de professions féminisées, généralement peu considérées et surtout mal payées) ou encore l’intersectionnalité. Pour 2026, le sujet choisi est celui de la santé (sujet parapluie auquel on peut lier beaucoup de revendications différentes ; cf. l’article « Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes 2026 : La santé est un droit, pas un privilège »).
Qui constitue la JIF ?
La JIF est une plateforme, donc une structure quelque peu hybride et à composantes variables, bien que le noyau dur reste le même depuis des années. Ce n’est pas une a.s.b.l. S’y retrouvent aussi bien des associations que des partis politiques, des syndicats comme des personnes individuelles. Cette hétérogénéité lui confère une certaine flexibilité, mais peut parfois être compliquée à gérer. Si une grande partie des membres de la JIF souhaite, par exemple, réagir à un événement, à une publicité sexiste ou à une prise de position clairement misogyne, cela peut être difficile de s’assurer d’abord que toutes les associations, organisations et personnes membres à titre individuel aient donné leur accord à cette réaction. La JIF est donc un peu tiraillée entre la volonté de s’impliquer – de préférence rapidement- dans des sujets qui l’intéressent et qui meuvent la société, donc d’être réactive, et le fait qu’elle est un ensemble de groupes et d’associations et qu’il faut avoir des égards pour tou·te·s ses membres. Sans oublier que tout le travail – car organiser la marche féministe, formuler des revendications, rassembler les militant·e·s, émettre des prises de position, tout cela représente un travail colossal – est fourni exclusivement par des bénévoles. Afin d’éviter de s’essouffler dans des débats qui, parfois, n’en valent pas vraiment la peine, les différent·e·s membres de la JIF ont donc décidé de se concentrer surtout sur la journée du 8 mars, quitte à se mobiliser également en-dehors de cette journée de lutte pour les droits des femmes et des personnes LGBTIQ+ en cas d’urgence et de disponibilités.
À noter également que la JIF en tant que plateforme n’a pas le droit de déposer de pétitions à la Chambre. Légalement, il faudrait qu’une personne physique le fasse. Les membres de la JIF observent toutefois avec satisfaction que, à plusieurs reprises déjà, certaines de leurs revendications ont été récupérées pour être formulées comme question parlementaires et ont ont donc été discutées à la Chambre (sans avoir dû passer par le cheminement d’une pétition, qui peut parfois être ardu).
Charte de la JIF
Assez récemment, la JIF s’est donné une charte. Ses membres doivent s’engager, notamment, à « respecter, défendre et promouvoir les droits des femmes et des personnes LGBTIQ+ » et à faire valider les revendications formulées à l’occasion du 8 mars qui sont élaborées dans un groupe de travail de la JIF. À côté de cela, elle a défini toute une série de revendications phares auxquelles ses membres ne peuvent pas s’opposer. Ces revendications incluent l’inscription de l’IVG dans la Constitution, la réduction du temps de travail et l’augmentation du salaire social minimum, l’inscription du féminicide dans le code pénal et la protection de personnes victimes de violences, l’octroi d’une couverture médicale universelle pour toutes les personnes habitant ou travaillant au Luxembourg, le droit au logement digne pour toutes et tous ou encore le renforcement des droits des femmes migrantes.
La charte permet certainement d’affiner le profil de la JIF. Si on consulte le site internet de la plateforme[2], les associations, partis et organisations qui soutiennent la JIF et qui y figurent sont toujours, dans l’ordre alphabétique, Amnesty International, ASTI (Association de Soutien aux Travailleu·se·rs Immigré·e·s, le CID Fraen an Gender, le CNFL (Conseil National des Femmes du Luxembourg), déi gréng, déi lénk (avec leurs sections jeunesse respectives), Femmes en Détresse, les Femmes Socialistes, Innocence en Danger (mouvement mondial de protection des enfants contre toutes formes de violences sexuelles), l’association Kweni (collectif créé par des femmes afro-descendantes), L’Effrontée (premier média féministe luxembourgeois), OGBL Equality, le Planning Familial, Passerell (une association de soutien aux demandeu·se·rs, bénéficiaires et débouté·e·s de la protection internationale), le Centre LGBTIQ+ CIGALE, Médecins du Monde, Rosa Lëtzebuerg et Zonta Luxembourg NextGen (une association ayant pour objectif d’ « améliorer le statut des femmes tant au niveau légal, politique, sanitaire, éducatif et professionnel »). À noter que le CNFL, lui-même une plateforme regroupant des organisations aussi diverses que L’Action Catholique des Femmes du Luxembourg, les Femmes Chrétiennes-Sociales, les Femmes Libérales ou encore les Femmes Socialistes ou le Genderrot de déi gréng, pour n’en citer que quelques-unes, n’a, cette année-ci, été représenté à aucune des réunions ou groupes de travail préparant la marche du 8 mars, ni signé les revendications de la JIF 2026.
Ça se prépare…
Concrètement, la journée du 8 mars est préparée par des groupes de travail (consacrés aux revendications, à la communication, à la logistique…) : tout est élaboré de manière collective, dans une bonne ambiance propice aux élans de créativité. De plus en plus de monde s’implique. L’impatience de descendre dans les rues pour se faire entendre grandit, à mesure que le 8 mars s’approche.

Atelier de création de pancartes organisé au CID Fraen an Gender en février 2026
Cléo Thoma[3]
[1] Environ 4.000 personnes avaient rejoint la marche en 2025
[2] https://fraestreik.lu/jif-2/
[3] L’auteure représente le CID Fraen an Gender au sein de la plateforme JIF

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