L’histoire de l’impunité en Israël : une histoire ancrée dans l’ADN du jeune État juif

Vue d'une colline avec des bâtiments en béton et une clôture métallique au premier plan, sous un ciel nuageux.

Le 17 septembre 1948, Folke Bernadotte, comte suédois et médiateur des Nations unies en Palestine, est assassiné à Jérusalem. Envoyé par l’ONU pour tenter de négocier une trêve dans le conflit israélo-arabe, il devient le premier représentant officiel des Nations unies tué dans l’exercice de ses fonctions. Et ce n’ est que le début d’ une longue histoire.

Né le 2 janvier 1895, Bernadotte est devenu célèbre notamment pour ses efforts de négociations avec Heinrich Himmler en 1945 et pour avoir sauvé 30000 prisonniers des camps de concentration dont un peu près 10000 prisonniers juifs. 3 ans après ses efforts héroïques, il est assassiné dans le jeune État juif. Son assassinat reste un événement fondateur, mal connu mais très révélateur dans l’histoire des relations entre Israël et l’ONU.

Un assassinat politique fondateur

Folke Bernadotte est assassiné par le groupe sioniste d’extrême droite Lehi (aussi appelé « groupe Stern »), organisation terroriste active avant et après la création de l’État d’Israël. Son crime : la mission de mettre en place le plan de partage de la Palestine historique qui limitait l’expansion territoriale du jeune État israélien et défendait le droit au retour des réfugiés palestiniens.

L’historien israélien Michael Bar-Zohar résume crûment l’atmosphère de l’époque : « Personne n’a pleuré Bernadotte en Israël. »

Le principal exécutant de l’assassinat est Yehoshua Cohen. Loin d’être marginalisé, celui-ci ne sera jamais condamné. Pire encore, il deviendra dans les années 1950 le garde du corps personnel de David Ben Gourion, Premier ministre d’Israël. Cette proximité symbolise une réalité plus large : l’impunité quasi totale accordée aux groupes armés d’extrême droite dès les débuts de l’État.

Selon plusieurs témoignages, le chef du Lehi, Yehoshua Zettler, aurait reçu l’assurance suivante de la part du ministre de l’ intérieur de l’époque : « Vous serez condamnés pour satisfaire l’opinion mondiale, après quoi vous serez amnistiés. » Cette promesse résume une logique politique qui dure jusqu’à aujourd’hui : préserver l’image internationale et duper l’opinion mondiale tout en protégeant ceux qui agissent au nom d’un projet national jugé supérieur au droit international.

Une culture de l’impunité dès la création d’Israël

Dès 1948, une hiérarchie implicite s’impose : la logique du « Grand Israël » prévaut sur le droit international et sur les institutions chargées de le faire respecter, au premier rang desquelles figurent les Nations Unies. Ce n’est pas un hasard si l’un des tout premiers crimes politiques vise un représentant de l’ONU.

Ce paradoxe est central : Israël est né d’une décision des Nations unies. En novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adopte le plan de partage de la Palestine historique, ouvrant la voie à la création de l’État juif. Pourtant, dès ses débuts, ce même État entre en confrontation avec le cadre juridique international qui l’a vu naître.

De 1948 à aujourd’hui : Gaza et les Nations unies prises pour cible

Aujourd’hui, plus que jamais, cette logique est dominante. A Gaza, les assassinats ciblés de journalistes, d’humanitaires et de représentants des Nations unies sont systémiques. Selon les chiffres onusiens, environ 380 employés de l’ONU ont été tués depuis le début du génocide il y a plus que 2 ans, ce qui constitue le bilan le plus lourd de toute l’histoire de l’organisation.

Ces morts ne sont pas seulement des « dommages collatéraux ». Elles frappent précisément ceux qui sont censés témoigner, documenter et alerter le monde et l’opinion mondiale. En ce sens, ces violences des « yeux du monde » forment un système : faire taire ceux qui incarnent le droit international.

En parallèle, en Cisjordanie, la violence déchaînée des colons contre les Palestiniens est tolérée voire soutenue par l’ armée israélienne. Rares sont les condamnations. Là aussi, l’ impunité est la norme.

ONG interdites et rupture assumée avec l’ONU

Le 1er janvier 2026, Israël a interdit le travail de 37 ONG sur les territoires palestiniens. L’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, est bannie, aggravant une crise humanitaire déjà extrême. Parmi les organisations interdites figure Médecins du Monde, OXFAM et Médecins Sans Frontières (MSF), ce dernier étant accusée par le ministère israélien d’employer deux personnes supposément liées au Hamas ou au Jihad islamique palestinien — accusations formulées sans preuves. En 2024, Israël avait déjà interdit à l’UNRWA d’opérer sur son sol. Dans le récent développement, la loi interdit la fourniture d’électricité et d’eau aux installations de l’UNRWA, ce qui affecte directement la capacité de l’agence à fonctionner et à fournir des services essentiels.

Ces décisions marquent une étape supplémentaire : Israël se positionne de plus en plus explicitement comme un adversaire des Nations unies, de l’ aide humanitaire et du droit international. Cette évolution n’est pas une rupture. Elle s’inscrit dans une continuité historique qui remonte à l’assassinat de Folke Bernadotte.

Une continuité historique

De 1948 à Gaza aujourd’hui, une même logique traverse les décennies : celle d’un État qui considère que ses objectifs stratégiques priment sur le droit international, et que ceux qui incarnent ce droit — médiateurs, humanitaires, journalistes, employés de l’ONU — peuvent être neutralisés sans conséquences majeures.

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