Dans le débat sur la réforme des pensions, tous les registres de l’insécurisation et de l’individualisation sont tirés. D’un côté, sont évoqués un conflit intergénérationnel, le vieillissement de la population, une charge insupportable pour les finances publiques et la diminution générale de la productivité, et de l’autre, la responsabilisation individuelle et l’investissement nécessaire dans des fonds d’investissement, soutenus par des allègements fiscaux pour les épargnants individuels.

Cette insécurisation et le discours individualiste sont nourris par le fait qu’en raison du décalage temporel entre le versement des cotisations et le paiement de la retraite, les gens ne savent pas clairement ce qu’il advient des cotisations. Beaucoup pensent que l’argent qu’ils versent sert à financer leur propre retraite. Le poids important de la réserve du fonds de compensation des retraites joue également un rôle dans cette fausse appréciation.
La réalité est tout autre : dans toute société, on ne peut consommer à un moment donné que ce qui est produit en ce moment ! Il suffit de penser aux services, qui représentent environ 80 % du PIB en Europe.
Quel que soit le système de pension (par répartition ou par capitalisation,) il s’agit toujours de décider aujourd’hui comment répartir la production actuelle – et de décider demain, comment répartir celle de demain ! Aussi ne peut-on pas nier que la table est dressée aujourd’hui par les travailleurs actifs et tous ceux et toutes celles qui vivent aujourd’hui y prennent place pour manger !
Dans un système de retraite par répartition comme le nôtre, il est clair dès le départ que les salariés actifs d’aujourd’hui paient aujourd’hui les pensions des salariés retraités d’aujourd’hui, et que les salariés actifs de demain paieront demain les retraites des salariés actifs d’aujourd’hui.
Bien sûr, s’il y a moins de salariés et plus de retraités à l’avenir, une plus grande partie de la valeur ajoutée générée devra être versée aux retraités. Ceci s’impose si l’on veut répartir équitablement la richesse produite. Il serait injuste au contraire que quelques-uns, qui possèdent déjà beaucoup, puissent confisquer à l’avance une part plus importante de la production future à l’aide de pensions vieillesse complémentaires privées – et cela a fortiori s’ils peuvent bénéficier de déductions d’impôt occasionnant des pertes fiscales à l’Etat. C’est pourquoi la privatisation des cotisations et des prestations est socialement injuste et elle sape en plus le système public de retraite.
Le relèvement de l’âge légal de la retraite est également une mauvaise piste, car il entraîne à la fois un taux de chômage accru chez les jeunes et une réduction des prestations pour les retraités, du fait que ceux-ci n’auraient pas accumulé les années de travail nécessaires s’ils étaient licenciés prématurément par leur employeur.
Comme il a déjà été souligné, il s’agit de répartir équitablement les richesses produites. Or c’est bien le contraire de ce qui s’est passé depuis le début des années 1980, puisqu’avec l’instauration du néolibéralisme, la part des salariés dans le produit intérieur brut a fortement diminué dans tous les pays capitalistes. Relever l’âge de la retraite, empêcher une augmentation appropriée des cotisations dans le système public et pousser en direction d’assurances retraite privées à l’aide de déductions fiscales pour les nantis équivaut à poursuivre cette politique désavantageuse pour les salariés. Voilà les visées du patronat et du gouvernement actuel.
Incorporer les revenus du capital dans l’assiette des cotisations sociales, augmenter les impôts sur les sociétés – au lieu de continuer à les faire baisser et réduire enfin le temps de travail sans perte de salaire sont trois mesures essentielles de rupture avec la politique néolibérale vieille de 45 ans.
Le plein emploi résultant d’une réduction du temps de travail constitue une véritable «autoroute » vers la sécurisation des retraites. Cela renforcerait en même temps la capacité d’action des syndicats et la situation des salariées, tout en affaiblissant le pouvoir du patronat.
Rien que du bonheur !

Laisser un commentaire