Une crise persistante du système de santé

Dans le contexte actuel de la politique sanitaire, la parole a été largement donnée à tous les acteurs et observateurs du domaine. Cependant, malgré cette effervescence, il aurait été légitime de penser que les débats, traditionnellement centrés au Luxembourg sur la maîtrise des coûts de la santé, évolueraient vers une réflexion plus profonde sur le renforcement indispensable des soins de santé. Ce virage ambulatoire, initié par un ministre du POSL, semblait promettre une adaptation du système face à l’évolution des connaissances scientifiques et à l’augmentation continue de la population assurée. Hélas, une analyse attentive révèle qu’aucun changement structurel significatif n’a été amorcé.
Le maintien du modèle organisationnel où les intérêts des médecins micro-entrepreneurs dominent
Au cœur du problème, la principale caractéristique du paysage organisationnel demeure inchangée : la domination persistante du modèle de la médecine privée, sous couvert de l’exercice libéral, s’étend même à la moitié des hôpitaux publics ( Belegarzt). Ce modèle est renforcé par le corporatisme des différentes catégories professionnelles du secteur. Le débat actuel, qu’il s’agisse de la création de sociétés de médecins, du rôle de l’investissement privé dans ces structures, ou encore de l’externalisation de certaines fonctionnalités hospitalières, au premier chef l’imagerie médicale, masque en réalité une lutte d’intérêts pour la répartition des gains issus du système de santé, les envies de piller encore rapidement les poches des assurés probablement accélérées par la perspective d’un déficit chronique de la CNS.
Des réformes superficielles au détriment des soins primaires
Le développement d’antennes d’hôpitaux publics, loin de constituer un renforcement des soins de santé primaires, n’est en réalité qu’une concession à une offre de médecine consumériste, tournée excessivement vers la spécialisation. Ce phénomène, déjà dénoncé depuis les années 1960, reste le principal fléau du système luxembourgeois. Les patients luxembourgeois figurent parmi les plus grands consommateurs d’actes de radiologie et de laboratoire en Europe, ce qui attise naturellement les convoitises pour s’approprier les ressources générées par ces actes.
Une unanimité politique et sociale paradoxale
Il est particulièrement surprenant de constater l’unanimité quasi totale du monde politique et social autour de la création des sociétés de médecins, tout en défendant de façon hypocrite le conventionnement généralisé et un système de soins prétendument équitable. Toutefois, la base juridique que le goivernement veut instaurer ne résistera probablement pas longtemps face aux pressions de groupes puissants, notamment issus du secteur de la construction, peut-être désireux de rentabiliser les espaces de bureaux devenus obsolètes avec la généralisation du télétravail.
Cette tendance n’est pas isolée : en Allemagne, les grands groupes de parapharmacie et de droguerie se positionnent déjà pour prendre le contrôle des polycliniques publiques et des services ambulatoires hospitaliers, et il est à prévoir qu’ils lorgneront bientôt sur le marché luxembourgeois, à l’instar des cabinets de dentisterie fantômes déjà établis
Le mythe de l’économie de coûts
Enfin, la rhétorique des médecins-entrepreneurs, qui prétendent réaliser des économies de coûts de par leurs sociétés , paraît difficilement crédible. Les calculs montrent qu’il est impossible de dépasser une réduction de 10 % des coûts, soit une fraction de ce qui pourrait être économisé en renforçant véritablement les soins primaires. Un système basé sur des maisons médicales organisées en associations sans but lucratif et axé sur le développement de la prévention permettrait d’atteindre des économies bien supérieures, tout en améliorant la qualité des soins offerts à la population. Finalement dans un contexte planétaire de pénurie de médecins, il est clair que l’essor de cabinets extra-hositaliers privera les hôpitaux des practiciens nécessaires à leur mission d’assurer les gardes et les soins de qualité . Les déficits se creuseront.
Il est temps de changer de cap.

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