Le droit au logement

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En 1992, j’ai commencé à travailler comme assistante d’hygiène sociale au Service National Polyvalent de secteur, qui n’existe plus d’ailleurs. Responsable pour le travail social dans 3 communes, j’ai rapidement constaté que nous n’avions pas de logements sociaux au Luxembourg. En revanche lors de mes visites à domicile, j’ai rencontré pas mal de personnes et surtout des familles mal logées, dans des logement vétustes, insalubres, sombres, humides et moisis. En 27 années de travail social, je n’ai pas eu la chance de voir un seul succès d’attribution d’un logement au Fonds de Logement d’une des personnes ou familles, dont j’essayais de m’occuper.

A un moment j’ai vu des panneaux érigés du Fonds de Logement et je m’en réjouissais. C’était en 1993. « Mais Madame, ce ne sera pas pour vos clients ». Avec cette phrase, le Bourgmestre de la commune m’avait rapidement remis dans la réalité. En effet c’étaient des logements vendus par le Fonds de Logement, à des personnes plus au moins aisées, et non destinés à être loués à ‘mes clients’.

Il existait une drôle de loi, j’ignore d’ailleurs si elle est toujours en vigueur. Quand une famille était déguerpie, une loi datant encore du temps de Napoléon prescrivait à la commune qu’elle devait s’occuper des meubles, mais paradoxalement pas des personnes à la rue. Alors une famille s’était introduite dans le grenier où se trouvaient les meubles et y a habité pendant une dizaine d’années, avec 3 enfants, dans une pièce et donc dans une grande promiscuité.

Les communes ne montraient aucune volonté pour créer du logement social, sauf éventuellement un logement d’urgence pour accueillir momentanément des personnes après un incendie. Rappelons le fait que nous sommes toujours à un taux de 2% de logements sociaux au Luxembourg. Et surtout personne ne veut accueillir des personnes qui sont connues dans les communes par le vilain mot de ‘cas social’. Le virus du Nimby (not in my backyard), combiné avec l’autonomie communale dans notre pays a comme effet que même si des logements sociaux ont été créés, les personnes le plus dans le besoin n’en ont souvent pas profité. Rappelons les interventions de la Bourgmestre Lydie Polfer pour contrôler, qui allait habiter certains logements subventionnés par l’Etat à Luxembourg Ville.

Je suis profondément d’avis que le droit au logement devrait être inscrit dans la Constitution. Avoir un chez soi, avoir un toit au-dessus de la tête est la condition pour pouvoir se construire et se reconstruire. C’est un constat qui se répète pour moi dans mon travail comme psychothérapeute.

Et je suis navrée de constater que le contrat entre les générations n’existe plus. Les jeunes ne trouvent plus de logements, restent bloqués dans leurs chambres d’enfant et n’arrivent pas à s’autonomiser.

En plus des jeunes générations, ce sont les réfugié.es, que nous avons été prêts à accueillir, qui se retrouvent coincés dans des foyers adaptés à la limite pour le temps de la procédure de demande d’asyle, et encore. Certains foyers sont complètement insalubres, je vais y revenir dans un futur article.

Les femmes et les hommes qui cherchent refuge dans des foyers pour se protéger de la violence domestique ont des difficultés à trouver une place, et puis elles n’arrivent pas à en sortir faute de logements disponibles.

Une société où le logement n’est pas un droit, mais un objet d’investissement et de spéculation est un modèle pourri. Et c’est le cas de la société capitaliste, où les inégalités sociales deviennent de plus en plus visibles et où les dirigeants politiques se retrouvent entre l’ignorance et l’incompétence, en tous cas ils n’agissent pas.

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