Lors d’un voyage en Israël et en Cisjordanie en avril 2019, organisé par le Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient, une rencontre a eu lieu à Nazareth avec Jonathan Cook.

Lors de cette rencontre, Jonathan Cook a éclairé sur la base juridique et idéologique des pratiques discriminatoires de l’État d’Israël. La bande sonore de son exposé peut être écoutée ici :
Au sujet de la base juridique, Jonathan Cook a mis en évidence que les lois israéliennes distinguent entre la citoyenneté et la nationalité. Tous les Israéliens disposent de la citoyenneté israélienne, mais il n’existe pas de nationalité israélienne proprement dite.

La nationalité est juive, arabe (chrétiens ou musulmans), bédouine, druze ou circassienne et les droits des citoyens découlent de la nationalité. Et c’est bien la nationalité juive qui prime. Si donc en théorie, tous les Israéliens ont les droits citoyens (en ce sens , Israël correspond à toutes les démocraties occidentales), en pratique, ces droits ne sont assurés qu’aux israéliens de nationalité juive. C’est le cas par exemple du droit à la terre ou du droit à l‘approvisionnement en eau.
De cette manière, une discrimination systématique entre juifs et non-juifs est juridiquement établie.
Une loi votée le 19-07-2018 à la Knesset, qui définit l’Etat d’Israël comme « Foyer national du peuple juif » et qui demande à l’Etat d’Israël de promouvoir « le développement des communautés juives » fixe cela ouvertement. Jonathan Cook considère que loin d’être nouveau, cette pratique existe depuis la création de l’Etat d’Israël. Ceci contrairement à la Déclaration d’indépendance adoptée en 1948, selon laquelle l’ «Etat développera le pays au bénéfice de tous ses habitants » et « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe. »
Au sujet de la base idéologique, qui est le sionisme, Jonathan Cook a signalé qu’au moment de la déclaration Balfour en 1917 pour créer un « national home for the Jewish people » en Palestine, le sionisme était une idéologie trés minoritaire parmi les communautés juives.
Alors que pour Lord Balfour,qui était notoirement antisémite, la création d’un État juif en Palestine a permis de se débarrasser des juifs d’Europe, Lord Montaigu, seul ministre juif dans le gouvernement Balfour a protesté contre la déclaration Balfour dans son « Memorandum on the Anti-Semitism of the Present [i.e.British] Government » .3
L’Holocauste a changé la donne et a conduit à la création de l’État d’Israël, qu’il ne s’agit nullement de mettre en question ici.
N’empêche que dès le début, il s’agit d’un Etat ethnocentrique, constamment focalisé sur la menace démographique (« the demographic demon ») et la peur de l’arabe, perçu comme une menace mortelle pour sa survie. L’État d’Israël appartient préférentiellement non seulement aux juifs israéliens mais aussi, virtuellement, aux juifs dans le monde qui vivent en diaspora. En revanche, il n’appartient pas entièrement aux Israéliens de nationalité non juive et pas du tout aux Palestiniens des territoires occupés.
C’est ce que confirme Nir Evron, de l’université de Tel Aviv, dans un article écrit avant le retour de Netanyahou au poste de Premier ministre en décembre 2022 : « Israël n’a jamais considéré les membres de sa minorité arabe comme des citoyens égaux, et les a encore moins traités comme tels. Ce n’est pas un défaut mais une caractéristique de l’autodéfinition d’Israël en tant qu’État juif — un projet consacré au bien-être et à l’avenir d’une majorité définie ethniquement. […] Israël à l’intérieur de la Ligne verte [la frontière préalable à 1967] n’est pas simplement une « démocratie imparfaite », comme ses défenseurs sionistes libéraux aiment le dire. Toutes les démocraties sont imparfaites. Israël est un pays dont le système opératoire est fondamentalement en contradiction avec les valeurs qui définissent les démocraties occidentales auxquelles il s’associe si énergiquement. »4
Les perspectives évoquées par Jonathan Cook lors de la rencontre en mai 2019 étaient peu réjouissantes : alors que les Travaillistes essayaient toujours de dissimuler la réalité, la Droite ne cachait pas ses intentions dès le début et a semé ouvertement la haine de l’autre. Les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement israélien d’extrême-droite lors de la dernière Guerre de Gaza – et qui perdurent lors du prétendu cessez-le feu actuel – en constituent le terrible aboutissement.
- Blood and Religion: The Unmasking of the Jewish State (2006)
Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (2008)
Disappearing Palestine: Israel’s Experiments in Human Despair (2008) ↩︎ - Martha Ellis Gellhorn, d’origine juive, était une romancière, écrivaine de voyage et journaliste américaine considérée comme l’une des plus grandes correspondantes de guerre du XXe siècle. Elle a couvert pratiquement tous les conflits mondiaux majeurs qui ont eu lieu au cours de ses 60 ans de carrière. ↩︎
- On the « Anti-Semitism of the Present (British) Government » | libcom.org ↩︎
- Nir Evron, « Israel’s rightward turn », Dissent, automne 2022, cité dans Gilbert Achcar, « Gaza, Génocide annoncé », La Dispute, 2025, pages 43-44. ↩︎

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